Cyclotouristes Randonneurs Cagnois

La pratique du cyclotourisme à Cagnes sur Mer

>>Paris-Brest-Paris, 20 ans après

3 janvier 2007
Auteur(e) : 

Paris-Brest-Paris randonneur, ce graal du cyclotourisme, sera à nouveau organisé en 2007.
Ayant eu la chance de participer à l’édition 1987, je livre ici un témoignage 20 ans après et uniquement sur mes souvenirs de cette fantastique épreuve. Au passage, on notera combien peuvent marquer trois jours de bicyclette...
Enfin, je remercie Mr Mousnier-Lompré qui, 13 ans auparavant, a fait découvrir toutes les joies du cyclotourisme à une bande de gamins dont je faisais partie et qui a eu la satisfaction d’en voir réussir deux, pas les plus doués, dans l’épreuve la plus emblématique du cyclotourisme, merci à lui.

Préambule

Paris-Brest-Paris, c’est d’abord un peu plus de 1200 km sur des routes jamais plates et avec un climat "breton". C’est aussi 2900 participants en cette année 1987, triés sur le volet puisque ayant satisfait aux obligations d’avoir effectué un brevet de 200 km, 300 km, 400 km et 600 km. Pour ma part, l’aventure avait commencé l’année précédente lors d’un retour épique d’un Paris/Château-Chinon avec mon ami Bruno où, arrivant enfin à la maison après une étape de 330 km et 20 heures de vélo pour conclure un week-end de 3 jours et 700 km, je m’étais exclamé : "il faut être cinglé pour faire Paris-Brest-Paris".

La première journée

Donc, ce lundi 20 août 1987 à 2h du matin, je me retrouvais avec mon ami Laurent rassemblés avec d’autres participants pour le départ de 4h du matin. Seule ombre au tableau, mon ami d’enfance Bruno qui après avoir fait toutes les qualifications a décidé de ne pas prendre le départ alors qu’il avait tout le potentiel pour réaliser cette épreuve.
Pendant la très longue attente qui précède le départ, rassemblés sur la place d’où est donné le départ, nous discutons avec les autres participants et nous nous rendons compte que nous avons très peu de kilomètres (6200 km) par rapport aux autres (au delà de 10000km), seules deux jeunes Américaines ont fait moins bien mais elles comptent en miles !

Enfin, le départ est donné et tout de suite, on se retrouve dans la première difficulté, la montée du bois de St Cucuffa. Gros embouteillage dans la montée, on zigzag un peu au milieu d’autres cyclos et on est au sommet sans trop d’efforts. On se retrouve alors au milieu de centaines de petites lumières rouges et on a le plaisir de se dire qu’on roule au milieu des meilleurs randonneurs du monde. Rapidement, des groupes s’organisent suivant le niveau et avec Laurent, nous nous retrouvons dans le premier gros paquet sans aucune difficulté pour suivre l’allure. Quand le jour se lève, un petit arrêt pipi qui nous désole car nous allons quitter notre groupe si accueillant mais coup de chance, 2 km plus loin, une longue côte et au 3/4 de celle ci, nous sommes déjà revenus à l’avant de notre groupe. Le premier contrôle-ravitaillement se profile au bout des 160 premiers kilomètres et nous décidons avec Laurent de prendre un peu d’avance pour éviter la bousculade. On se retrouve avec un Australien qui curieusement roule dans sa bulle... de moto, procédé technique utilisé en Australie pour éviter les vents de sable. Il ne peut tenir l’allure et nous arrivons avec 10 mn d’avance sur notre groupe à la moyenne très correcte de 25,3 km/h. Quand notre groupe arrive, nous avons déjà pointé et attaquons l’énorme Kougelhopf cuisiné la veille quand d’autres se contentent de maigrelettes barres de céréales.

Nous repartons avec notre groupe et le club de St Brieuc communément appelé le train bleu : une dizaine de cyclos de St Brieuc se met devant et assure un train régulier en refusant les relais. C’est gentil et donc calés en 15e position, nous avalons du kilomètre tout en discutant avec nos voisins. L’un deux, un cyclo local commence à nous faire peur en parlant d’une immense difficulté, d’une côte quasiment infranchissable. Je rassure Laurent en lui démontrant que si on écoute ce cyclo, nous allons nous retrouver à l’altitude du Galibier. Un long faux plat se présente, deux participants accélèrent, Laurent et moi nous nous mettons dans les roues et nous pouvons voir s’étirer tout le peloton. En haut du faux plat, nous ne sommes plus que 8 cyclistes et nous attendons donc le reste du peloton. Les deux qui ont cassé la belle harmonie du peloton continuent à mener et je me demande de quel club, ils peuvent être quand soudain, nous croisons une demoiselle, et les sifflets et les cris fusent : "buongiorno, bella, bellissima". Pas de doute, ce sont des Italiens. Plus on se rapproche de l’étape, plus je me dis que le mur annoncé par le cyclo local ne va pas tarder et dans les faubourgs, je retrouve ce cyclo. Je lui demande où se situe le mur et lui me répond "mais on l’a passé, il y a 50 km et je viens à peine de recoller le peloton qui m’avait lâché dans cette terrible côte". C’était donc le faux plat !

Quand on repart, la nuit commence à tomber et nous rattrapons peu après deux pink panthers (c’est ainsi qu’elles s’affichent) et un canadien avec son amie. Nous mettons près de 20km à les rattraper car manifestement, ils ne veulent pas être rejoints. Heureusement, une succession de côtes les ralentit fortement et nous pouvons rouler ensemble. Le canadien continue à faire le forcing dans les côtes ce qui contribue à lâcher ses amies alors que nous restons sagement dans sa roue. Au bout de quelque temps, on lui fait comprendre qu’il faut mieux rouler à 4, (nous deux, lui et son amie) si on veut progresser efficacement. Dans un petit raidard en pleine nuit, je m’embrouille un peu avec mes vitesses et comme j’ai mal aux fesses (aucune crème durant tout le périple), je force avec le genou un peu en travers, un petit crac mais la difficulté est passée : petit crac mais grandes conséquences. Enfin, nous nous retrouvons seuls dans la nuit mais ce n’est qu’apparence. En effet, hésitant dans la nuit noire, nous entendons des voix invisibles qui nous indiquent la bonne route à suivre. Les bretons sont vraiment de grands amateurs de vélo. Plus tard sur une route plus large, nous progressons rapidement à deux de front afin de permettre à nos dynamos d’éclairer efficacement la route quand soudain un fou furieux dans sa voiture nous intime l’ordre de se mettre l’un derrière l’autre. Le ton monte mais de guerre lasse, on se range pour quelques centaines de mètres, le temps pour le conducteur furibard de s’éloigner. Quelques kilomètres plus loin, un campement éclairés par de puissantes lampes : un contrôle secret et le conducteur irascible s’avère être l’organisateur Robert Lepertel...

Un peu plus loin vers une heure du matin, nous nous retrouvons avec d’autres randonneurs, nous nous relayons efficacement mais leurs garde-boues sont bardés de bandes réfléchissantes qui nous renvoient les lumières de nos puissantes dynamos halogènes. Nos yeux se plissent pour atténuer cette forte lumière et la fatigue aidant, les yeux ont une forte tendance à se fermer ! Ainsi, j’entends le bruit du gravier du bas côté sous ma roue avant et je m’arrête en catastrophe avant de tomber de sommeil. Arrêt pipi, un coup à boire et je repars tout seul sur la route pour la dizaine de kilomètres qui me sépare de l’étape. Au pointage, je cherche mon ami Laurent mais je ne le trouve pas. Je questionne les contrôleurs mais ma description ne leur dit rien. D’un coup, Laurent surgit hagard, marqué par la fatigue. Il s’est trompé à l’entrée du village et a tourné en vain pendant assez longtemps. On décide de faire une halte sommeil de deux heures et grand confort, sur les matelas de l’organisation plutôt que dans la cabine téléphonique comme envisagé au départ ! Ce sont les deux plus belles heures de sommeil de mon existence. Endormi dans la seconde qui suit et réveil par un bénévole au bout de deux heures, frais comme un gardon. Nous venions de faire 455 km en 21h.

Le deuxième jour

Première petite étape qui nous amène à Carhaix sur le coup de 8h du matin. Le contrôle ne propose que quelques Nescafés avec des biscuits aussi nous décidons de faire un petit déjeuner copieux. Répartition des rôles : je vais dans un hôtel commander deux petits déjeuners pendant que Laurent se rend dans une boulangerie pour rajouter des viennoiseries aux petits déjeuners qu’on pense classique. Surprise, l’hôtelier nous sert deux petits déjeuners pantagruéliques (1 baguette chacun avec beurre, confiture, croissants) au moment même où Laurent arrive les bras pleins après avoir dévalisé la boulangerie. C’est devant les yeux médusés de l’hôtelier et de sa femme que nous avalons le tout sans sourciller.

Nous repartons vers Brest par les raidillons de Landernau et l’impression de la veille se confirme, nous avançons vraiment bien dans les côtes et peu après dans Roc Trevezel, nous rattrapons un Espagnol qui nous avait lâché sur le plat précédant cette longue montée. On reste longuement dans sa roue à l’abri du vent et le pauvre gars devant se demande à quoi nous jouons : il n’avait qu’à nous attendre sur le plat ! Puis nous rejoignons d’autres randonneurs qui eux ne pensent qu’à leur temps d’arrivée. Quand on leur indique que nous ne pensons qu’à terminer dans les délais, soit 90h, ils nous disent que nous sommes dans les temps pour faire 72h et qu’il faut vraiment tout faire pour passer sous cette barrière des trois jours. Pour ma part, je n’en ai que faire mais Laurent est comptable et un comptable, même à vélo, ça compte. Ces 72h ne nous quitteront plus jusqu’à l’arrivée.

Nous arrivons enfin à Brest, mi-temps de notre périple après 32h de vélo. En lisant le nom de notre club ASPTT Pontoise sur le maillot, des exclamations fusent. Nous ne pensions pas appartenir à un club si célèbre mais toute la France cyclotouriste connaît notre camarade Marcel qui roule avec du vin de bordeaux (et du bon) dans le bidon. Comme il est midi, nous nous mettons à table et discutons avec des cyclos locaux qui nous indiquent que le vent va monter avec la marée et que nous allons partir avec la marée montante. Chouette, nous remontons sur Roc Trevezel vent dans le dos, avec le grand plateau et nous croisons des vélos carénés dont nous apprendront plus tard qu’ils ont été culbutés par le vent. Nous retrouvons Carhaix, notre étape du matin alors que des cyclos s’y trouvent encore : nous avons 180km d’écart ! Peu après, prévenus au précédent contrôle, nous voyons passer en trombe le futur vainqueur l’Américain Scott Dickson qui est parti 12 heures après nous et nous faisons un petit arrêt pour laisser passer les champions qui sont à la poursuite de l’Américain. Tout compte fait, nous trouvons qu’ils ne vont pas si vite que cela et que nous aurions pu rester sur notre vélo sans perturber l’avancée des meilleurs.

Plus nous roulons, moins l’influence du vent se fait sentir et plus le ciel se montre menaçant. Ce qui devait arriver arriva et nous prenons une bonne averse. Instantanément, je ressens une douleur au genou, le petit crac de la veille. Nous attendons un peu à l’abri mais rien à faire, les nuages butent sur la colline devant nous et nous escaladons rapidement la difficulté pour atteindre le contrôle qui se trouve juste après. Là, Laurent se fait longuement masser les pieds (il est parti sans chaussettes !) pendant que je fais l’inventaire de mes petites douleurs : mal aux fesses disparu, une tendinite au genou et une douleur supportable sous la plante des pieds. Enfin, nous repartons de nuit sur la RN12 avec les camions qui nous éblouissent avec leurs puissantes rangées de phares. Nous rattrapons deux cyclistes britanniques dont une Irlandaise sur un tricycle, première femme à boucler l’épreuve sur ce type d’engin qui l’oblige à soulever une des roues arrières à chaque virage un peu serré. Elle a une tchache incroyable et au bout de quelques heures, coup de chance, je crève ce qui nous permet de reposer nos oreilles ! Cette crevaison est la première de 4 crevaisons successives dues à des pneus Michelin soi disant invulnérables s’ils sont gonflés à de très forte pressions qu’on ne peut atteindre avec nos pompes à main. Heureusement, Laurent a un pneu de rechange et mon pneu termine dans un champ après un magnifique vol plané : les considérations écologiques ne sont pas encore d’actualité. A l’étape de Tinténiac, nous passons une autre somptueuse nuit de 2h et à mon réveil, je prononce la phrase qui marquera toute ma carrière de cyclotouriste : "il ne reste plus que 330 km, c’est dans la poche". Combien de fois y ai je repensé en m’inquiétant à l’idée de faire un 200 km le lendemain ?

Le dernier jour

De fait, cette dernière étape fut interminable car dans des paysages beaucoup plus plats, de mauvaises routes, une erreur d’appréciation sur la distance restante (il restait 380 km) et surtout la fatigue qui est là. Sur une portion de route à 100 km de l’arrivée, le martyre de la tôle ondulée qui part de la plante des pieds et qui remonte jusqu’au cou ! On essaie toutes les allures de 15 km/h à 35 km/h mais rien n’y fait et il faut subir. Dernière étape à Nogent-le-Roi pour les 80km finaux. Je suis pour ma part très fatigué mais je sens que je peux encore pédaler longtemps. En mangeant, nous discutons avec un colonel de Satory, base militaire où j’avais effectué mon service militaire l’année précédente. On discute un petit peu, puis avec Laurent, nous partons suivis par une dizaine de randonneurs. Quelques kilomètres plus loin, dans la nuit, nous décidons de satisfaire à un besoin naturel, nous prenons une petite route à gauche et quelque minutes après, une demi douzaine de randonneurs qui nous suivaient à distance grâce à nos lumières nous rejoignent ! Il faut bien reconnaître que maintenant, nous n’avons plus une grande lucidité et nous trouvons avec difficulté les flèches alors que c’est admirablement bien fléché. Tout à coup, le colonel nous rejoint, me demande si j’ai reconnu le final (sic) et se propose de nous guider car lui a déjà reconnu la fin de parcours. Le problème est qu’il roule comme un missile exocet et dans la montée de l’INRIA à Rocquancourt gravie grand plateau avec 1200 km dans les jambes, nous lâchons tout le monde. Je le remercie chaleureusement pour son coup de main mais je lui indique que j’attends mon ami Laurent et que désormais, avec toutes les lumières de la ville, nous arriverons à terminer. Laurent arrive un peu plus tard avec d’autres randonneurs, rigolant franchement quand je lui raconte cette ultime montée effectuée grand train. A 5km de l’arrivée, il est un peu plus de 3h du matin et je commence à me dire que c’est vraiment désert quand tout à coup une 309 de la Police démarre devant nous avec une barre de gyrophares allumés sur le toit : elle nous amène à l’arrivée. Du coup, c’est à 50 Km/h que nous terminons ce PBP car le chauffeur policier n’a manifestement aucune idée de la vitesse d’un cycliste au bout de trois jours de randonnée. Bref, nous terminons en 71h29’, un temps qui nous permet d’humilier Charles Terront premier vainqueur de l’épreuve, 71h35’ en 1891 mais dans les conditions de l’époque, sans route asphaltée !


Vos commentaires sur cet article

8 commentaires

  • Paris-Brest-Paris, 20 ans après

    4 janvier 2007 à 20h20, par Marc T

    A lire ton récit, tout semble si facile alors que la réalité (MA réalité) est tout autre !
    Pour avoir fait 407km lors de la flèche Véloccio cette année, je ne me vois pas vraiment multiplier cet exploit par 3.
    En tout cas bravo pour la performance et le récit qui donne bien quand même envie de s’y attaquer.

    Marc

  • Paris-Brest-Paris, 20 ans après

    4 janvier 2007 à 22h17, par 10 minutes du boulot à vélo...lol

    tous des tarés...
    heureusement qu’il en reste !!!

    bravo

  • Paris-Brest-Paris, 20 ans après

    5 janvier 2007 à 16h04, par patrick CRC

    Très beau récit, ça donne envie !

  • Paris-Brest-Paris, 20 ans après

    15 janvier 2007 à 17h51, par Guy

    Belle écriture. J’ai cru que c’était du Antoine Blondin. A quand un nouveau chapitre ?

  • Paris-Brest-Paris, 20 ans après

    6 mars 2007 à 12h50, par Raymon

    Merci pour ce récit. J’ai le projet de faire le PBP cette année. cela me donne une idée de ce qui m’attend.
    L’an dernier j’ai eu l’occasion de faire le RPE (Raid Provence Extreme) 660kms pour + de 10000m de dénivelé positif. J’en garde un souvenir mémorable. La traversée de la Provence en début juin cela vaut le déplacement, d’autant que l’allure d’un cycliste permet d’observer les paysages et de sentir les odeurs spécifiques à cette région.

  • Paris-Brest-Paris, 20 ans après

    7 mai 2007 à 18h16, par phil

    sympa l’article, j’essai de me preparer pour le Paris Brest mais je me pose bien des questions,venant de finir mon 400 hier apres 23h de selle sans quasi de repos 40 mns a peu pres alors je me dis qu’il me resterait peu de temps pour manger pointer et dormir..moy de 17.5 avec mes 40 mns de pause. qu’en pensez vous, je n’arrive pas a tenir dans un groupe en plus.. est ce bien raisonnable
    en tout cas BRAVO car il en faut de l’energie !!!!!

  • Paris-Brest-Paris, 20 ans après

    8 mai 2007 à 22h28, par marcus néron

    très beau récit, je tente l’aventure, car c’en est une, en cette année 2007, je suis rassuré car moi ausi je serais plus près des 6000 kms d’entrainement au départ que de 10 000.si tout se passe bien, je pense aussi raconter mon histoire, pour donner à d’autres l’envie de le faire.

  • crèmes pour les fesses

    2 juillet 2007 à 08h57, par yves

    bravo pour ce récit !
    Pour le mal aux fesses, il faut savoir que celui ci est une brûlure de la peau et qu’il faut donc appliquer une crème comme biafine (pour les brûlures) ou cétavlon (pour les fesses de bébé et qui a aussi un pouvoir antiseptique) .

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